26 décembre 2014 ~ 0 Commentaire

Le viol des « amazones » ou « L’esprit des lois », selon Kadhafi

Du vert, du rouge et pas mal de bleus

Du vert, du rouge… et pas mal de bleus

Que faisait Kadhafi avec ses « amazones », quand il ne paradait pas dans la cour de l’Elysée ou quand il ne dégustait pas le thé avec son grand ami Patrick Ollier sous sa tente bédouine, tant à Paris qu’à Tripoli ? Bonne question, ça. Qui n’a jamais effleuré ni troublé la « dream team » de M. Sarkozy, trop occupée à tenter de faire des affaires avec le « Guide ». Au passage, la France et les Français y auront finalement « gagné » une humiliation mondiale. Chacun écrit la page d’histoire dont il est capable et il ne suffit pas de se déclarer « gaullistes » pour hériter des valeurs et des qualités du Général. Sur ces questions liées aux droits de l’homme, M. Sarkozy avait d’ailleurs tranché dans le vif : on se souviendra longtemps de sa conférence de presse impromptue, destinée à couper court à toute protestation et à tancer vertement nos compatriotes, le jour de la venue de Kadhafi en France : « C’est bien beau l’droits d’l'homme entre l’café d’Flore et l’Zénith ! »
.
A la merci des perversions sexuelles du « Guide »
.
Mais combien étaient-elles, au juste, ces fameuses « amazones » ? Plusieurs centaines, sans aucun doute. Difficile d’estimer le nombre exact de femmes qui étaient retenues par Mouammar Kadhafi, à la merci de ses perversions sexuelles. Combien ont-elles été, au long des 40 années du règne despotique du « Guide » ? La grande majorité ne parlera probablement jamais. Trop de honte. Elles penseront être promises à l’opprobre, au rejet de la société libyenne, même libérée du tyran, même pour une de ses victimes. Le guide utilisait des femmes comme on « se mouche le nez »…
.
L’image, crue, que l’on doit à un aide de camp cité par le Times de Londres, ne donne qu’une petite idée du calvaire qu’ont vécu ces femmes, qui n’étaient souvent que des filles. On est loin des petites comptines à l’eau de rose dont Patrick Ollier abreuvait les Français non stop : oui, son ami Mouammar avait « changé », oui, il avait définitivement renoncé à la violence et au terrorisme, d’ailleurs, c’est vous dire, il lisait même L’esprit des lois de Montesquieu, que le député français lui avait offert. Oui, mais en quelle langue ?

Dans une interview au Times of Malta, la psychologue Seham Sergewa avait expliqué avoir rencontré plusieurs des fameuses femmes gardes du corps du dictateur, qui lui avait raconté comment elles avaient été violées par Kadhafi, ses fils et ses amis. L’immense majorité de ces femmes n’étaient en réalité que les objets de plaisir de Kadhafi, déguisées et grimées en soldats multicolores.

Quand Kadhafi donnait du Viagra à ses troupes pour violer les femmes du mouvement rebelle

La psychologue avait expliqué avoir rencontré cinq de ces amazones-esclaves sexuelles. L’une d’entre elles a expliqué à Seham Sergewa avoir été « recrutée », à l’aide d’un chantage sur une affaire montée par le régime. On accusait son frère d’être un passeur de drogue. « On lui a dit  : ‘soit tu deviens une garde du corps, soit ton frère va passer le reste de sa vie en prison’ ». La jeune femme savait exactement ce que cela voulait dire. Quelques semaines auparavant, elle avait été renvoyée de l’université, et on lui avait suggéré de demander l’intervention de Kadhafi pour être réintégrée. Elle a dû passer une visite médicale, qui comprenait un test VIH, effectuée par une infirmière d’Europe de l’Est. Finalement, elle avait été conduite à Bab-al-aziziya pour rencontrer, dans ses quartiers privés, un Kadhafi qui l’attendait en pyjama. « Elle ne pouvait pas comprendre, elle le voyait comme une figure paternelle, le chef de la nation, ce genre de chose », a expliqué Seham Sergewa. « Elle a refusé ses avances et il l’a violée ».

Basée dans un hôpital de Bengazi, bastion à l’époque des forces rebelles, Seham Sergewa, qui a acquis son expérience en Bosnie dans les années 1990, a été chargée par la Cour pénale internationale (CPI) de constituer un dossier sur les viols en Libye, afin d’établir un chef d’inculpation supplémentaire contre le clan Kadhafi. La psychologue cherche à recueillir des informations et des témoignages de victimes, tant sur les années précédentes que sur la révolution qui a entraîné la chute du régime. Sur cette guerre, un élément en particulier dénote l’esprit malsain du dictateur. Le procureur de la CPI avait déclaré avoir reçu des informations selon lesquelles Kadhafi « avait lui-même décidé d’utiliser le viol comme arme contre ses opposants. Luis Moreno-Ocampo avait indiqué que ses enquêteurs avaient trouvé des preuves selon lesquelles la Libye achetait des containers entiers de médicaments du type du Viagra (…) pour augmenter la possibilité de violer des femmes ».

amazones kadhafi I-

Les « amazones » au Louvre, en 2007 

Après avoir servi de jouets sexuels, certaines étaient directement transportées de la chambre à l’hôpital

Le dirigeant libyen était lui-même complètement dépendant de ces médicaments destinés à donner des érections, selon le récit fait au Huffington Post par Faisal, un ancien homme à tout faire de Kadhafi. A tel point que l’une de ses infirmières ukrainiennes (autre marque de fabrique du dictateur) lui aurait conseillé de diminuer sa consommation pour éviter les problèmes de santé. Faisal a expliqué au quotidien britannique que Kadhafi, dont il a été l’esthéticien comme le cuisinier pendant sept ans, avait un appétit sexuel aussi insatiable que ses pratiques étaient violentes. « Elles étaient quatre ou cinq par jour. Elles étaient si nombreuses. C’était simplement devenu une manie pour Kadhafi », a raconté le jeune homme de 29 ans, avant d’expliquer : « Elles allaient dans sa chambre avec lui, puis il sortait, comme s’il s’était juste mouché le nez ».

Faisal a également assuré que ses gardes du corps, parfois surnommées les « sœurs de la révolution », étaient en réalité ses esclaves sexuelles. Après avoir servi de jouets sexuels au tyran, certaines souffraient tellement qu’elles étaient « directement transportées de la chambre à l’hôpital », pour être traitées pour des blessures internes. Cette violence a été racontée avec un réalisme plus effrayant encore, dans un témoignage donné au journal Le Monde par une jeune femme appelée Safia. Une jeune femme de 22 ans, dont le prénom a été changé, qui était l’une de ces esclaves sexuelles.

Les femmes étaient d’abord violées par le dictateur, puis cédées, comme des objets utilisés

Safia a été enrôlée de force à l’âge de 15 ans. En visite dans son école, celui qu’elle considère alors comme le « héros » de la nation, avait fait un signe à ses gardes du corps, en sa direction. Quelques jours plus tard, trois femmes en uniforme – les « vraies amazones » – étaient venues la chercher chez ses parents pour l’emmener dans le désert, où le dirigeant était parti chasser. Kadhafi lui avait alors expliqué qu’elle allait rester vivre avec lui. Dès lors, Safia est « prise en main ». On lui donne des sous-vêtements sexy et on lui apprend à se « dévêtir au son de la musique ». Trois soirs, la jeune fille danse pour le « Guide », qui ne la touche pas, mais lâche : « Tu seras ma pute ». Safia est violée le soir même de son retour à Bab-al-aziziya. Elle se défend. Elle est passée à tabac par Kadhafi et ses vraies amazones. « Il a continué les jours suivants. Je suis devenue son esclave sexuelle. Il m’a violée pendant cinq ans ».

amazones kadhafi berlusconi-

Deux amoureux des femmes

Lors d’une confession de plusieurs heures, comme le détaille Le Monde, la jeune femme a décrit la réalité de ces ignobles « maisons des poupées(1) » du colonel Kadhafi. Safia a évoqué la vingtaine de filles de 18 ou 19 ans qui vivaient au même niveau qu’elle, dans la résidence du maître. Nuit et jour, elles étaient en permanence à sa disposition. Certaines étaient consentantes, et disaient « s’offrir au Guide », mais la plupart étaient contraintes. Kadhafi était « violent, sadique », et Safia a eu « des bleus, des morsures et le sein déchiré », et « des hémorragies ». Il l’a forcée à boire, à fumer, à prendre de la cocaïne. Kadhafi, lui, était constamment sous l’emprise de substances diverses. Elle a été emmenée dans de grandes fêtes, organisées pour le clan au pouvoir et les autres personnes importantes du pays, qui finissaient en « partouzes ».

Les proches, les amis profitaient aussi des filles. Il serait intéressant d’en connaître la liste, il y aura peut-être des surprises. Des proches et des amis français ont-ils bénéficié de ces fameux « services » ? La France était-elle au courant des sévices subis par la plupart des femmes entourant le dictateur et la rocambolesque affaire « des infirmières bulgares » n’était-elle que l’arbre cachant la forêt des horreurs, un arbre dont la France se serait contentée, via un énième deal avec Kadhafi, pour démontrer au monde entier qu’elle agissait pour faire avancer les droits de l’homme ? La Cour pénale internationale est loin d’avoir terminé son instruction. Mais en plus de l’affaire de l’éventuel financement libyen de la campagne de M. Sarkozy et ce, dès 2005, ce serait là assurément un nouveau scandale. 

« Pour Mouammar, ces filles n’étaient que de simples objets sexuels qu’il pouvait passer aux autres, après les avoir lui-même essayés », a expliqué Sofia. La psychologue Seham Sergewa avait elle aussi noté ce processus, à travers les histoires de ces gardes du corps. Les femmes étaient d’abord violées par le dictateur, puis cédées, comme des objets utilisés, à l’un de ses fils, et éventuellement à de fonctionnaires de haut rang, avant d’être finalement abandonnées. Des chefs d’État ont également utilisé des filles, selon Safia. La jeune femme a raconté avoir accompagné Kadhafi lors d’une tournée officielle de deux semaines en Afrique, en juin 2007. Elle était évidement affublée d’un vêtement militaire, qui la faisait apparaître comme une « amazone ». Elle, comme la plupart des autres, n’était pas en réalité  une garde du corps. « La tenue bleue était réservée aux vraies gardes entraînées. La tenue kaki n’était en général que du cirque ».

Et Ollier dans tout ça ? Rien de rien, il ne regrette rien

Quelques semaines avant que cette énième horreur de Kadhafi ne soit rendue publique et de plus en plus pressé par l’opposition et les médias de dire quelque chose, d’exprimer un regret, un remords, un début d’excuses, de prise de conscience ou d’explication sur ses relations régulières -et celles de sa compagne MAM- avec les dictateurs libyen et tunisien- Patrick Ollier donnera dans le pathos et parlera surtout de son couple, de son petit « coeur qui bat »… et pour le reste assurera le service minimum, « condamnant » la dérive « meurtrière » de Kadhafi, tout en affirmant clairement ne rien regretter. « Est-ce-que je regrette ce que j’ai fait ? Regretter, non, parce que je l’ai fait dans l’intérêt général. (…) Tout ce que j’ai fait à la présidence du groupe France-Libye était dans le souci qu’on avance vers la démocratie. Pendant dix ans, il n’y a pas eu de problème. Personne n’a jamais rien dit ».

Mieux, après que les événements ont mal tourné, Ollier, qui s’en prendra de façon constante et virulente aux médias, aura la mémoire toute sélective et affirmera dès lors connaître à peine son ancien « frère ». « Je n’ai pas eu moi-même une grande proximité(2). Ce n’est pas parce qu’on rencontre quelqu’un 3 ou 4 fois qu’on connaît quelqu’un, faut arrêter avec ça ! »  C’est bien connu, les « professeurs d’économie » ne savent pas compter. Et « personne n’a jamais rien dit », aussi ! L’esprit, plus que la lettre.

(1) Nom donné aux baraquements d’esclaves sexuelles dans les camps de concentration nazis, dans le livre du même nom de Yehiel De-Nur.

(2) Plus d’une vingtaine d’allers-retours ont déjà pu être comptabilisés.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Newpol |
Collectif Palestine Libre |
Partage & Echange |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le Site de Jean-Paul LEBREC
| Contrastin Benayoun 2015
| Augmentez nos Salaires !